Un président blanchi


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Juan José Nieto Gil

Juan José Nieto Gil est né en 1805 à Cibraco en Colombie (autrefois Nouvelle-Grenade). Cet autodidacte fut romancier  mais aussi général au cours des guerres civiles qui suivirent l'indépendance de la Colombie (autrefois sous l'emprise de l'Espagne). Il fut aussi élu député à la chambre provinciale de Carthagène en 1839 et gouverneur de l'État de Bolivar en 1851.
Après avoir renversé, par un coup d'État (et avec l'aide de plusieurs alliés libéraux républicains), le gouvernement central conservateur, il s'autoproclama président de la Confédération Grenadine (aujourd'hui la Colombie) le 25 janvier 1861. Il le resta seulement pendant six mois jusqu'au 18 juillet 1861, date à laquelle il fut remplacé par Bartolomé Calvo. Juan José Nieto Gil mourut à Carthagène le 16 juillet 1866.
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Unique photographie de Juan José Nieto Gil, le président noir de la Colombie

Amusant à savoir : Après le coup d'État de 1861, c'est un des alliés républicains blancs de Juan José Nieto Gil qui devait devenir président. Celui-ci n'étant pas arrivé à temps à l'investiture, c'est Nieto Gil qui prit sa place et devint président de Colombie. 

Un président blanchi !

Juan José Nieto Gil était descendant d'esclaves, il était donc noir (ou plus exactement mulâtre : père noir et mère blanche). Cette couleur déplaisait malheureusement beaucoup à l'élite blanche et descendante des Espagnols de Colombie qui ne supportaient pas d'avoir eu, ne serait-ce que pendant six petits mois, un président noir. Mais il y a encore pire que ça. En effet, après sa mort, son portrait peint avant son accession au pouvoir a été envoyé à Paris pour être « blanchi ». Son visage et ses mains ont donc été rendus plus blancs. De plus, si on regarde ce portrait de plus près (en le comparant avec la photo ci-dessus), on remarque même que son nez a été affiné et que ses cheveux sont moins crépus. Le but était de rendre ce président plus « digne » aux yeux de l'élite de Carthagène. Juan José Nieto Gil a été comme délibérément effacé de la mémoire collective et ne figure dans aucun livre d'histoire du pays. Nieto Gil reste donc largement méconnu des Colombiens, encore aujourd'hui.
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Le portrait blanchi

Le résultat obtenu par ce « blanchiment » n'étant pas satisfaisant aux yeux de certains, les dirigeants de l'époque décidèrent d'être encore plus sévères : le portrait fut remisé dans une cave, la tombe du président Nieto Gil fut saccagée et son seul buste connu fut détruit.
Intéressant à savoir : Juan José Nieto Gil est à l'origine du premier texte d'abolition de l'esclavage en Colombie mais ça, on l'a vite oublié...
Carthagène (Colombie).kmz

Un président réhabilité

Le portrait blanchi resta alors pendant très longtemps dans le grenier humide d'un palais de Carthagène où il fut complètement oublié jusqu'au début des années 70 où l'historien colombien  Orlando Fals Borda le découvrit. Le portrait fut alors restauré à sa couleur originale en 1974. Orlando Fals Borda a essayé pendant toute sa vie de rendre justice à ce personnage injustement effacé de l'histoire de la Colombie mais ce n'est qu'à la mort de l'historien, en 2008, que la presse colombienne a retrouvé de l'intérêt pour ce président noir.

Enfin, l'actuel président colombien, Juan Manuel Santos, a rapatrié le seul tableau de son prédécesseur noir. Il figurera désormais dans la galerie de portraits officiels des présidents colombiens (avec sa couleur d'origine).

Barack Obama ,fils d'un Kényan noir et d'une Américaine blanche, est un peu l'équivalent américain actuel du Colombien Juan José Nieto Gil du 19ème siècle. Obama a été élu président des États-Unis en 2008 et le restera jusqu'en janvier 2017, date à laquelle il sera remplacé par son successeur. La différence, c'est que les Américains sont fiers de leur président noir et qu'ils ne sont pas prêts de l'oublier...  

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