Un conte de fées


Sommaire Insolite et réel

Elles rencontrent des fées !

Angleterre, été 1917. Elsie Wright et Frances Griffiths sont deux cousines de 16 et 10 ans. Elles vivent dans le village de Cottingley et affirment qu'elles rencontrent régulièrement des fées quand elles se promènent dans les bois autour de chez elles. La mère d'Elsie arrive à convaincre son mari de prêter son appareil-photo aux deux filles afin qu'elles puissent prouver l'existence de ces créatures du petit peuple. C'est ainsi qu'elles prennent un cliché un samedi du mois de juillet 1917. Le père d'Elsie (un photographe amateur) développe lui-même la photo sur laquelle on voit Frances derrière un buisson avec au premier plan quatre fées : trois d'entre elles sont ailées et dansent, la quatrième joue de la flûte. Cette photo sera la 1ère d'une série de cinq. Le père d'Elsie pense que les photos sont truquées et que les fées ont été découpées dans du carton. Les deux filles ne se découragent pas pour autant et deux mois plus tard, empruntent à nouveau l'appareil-photo pour revenir cette fois avec une photo d'Elsie assise sur la pelouse et touchant des doigts un gnome de trente centimètres de haut avec lequel elle semble jouer. Arthur, le père d'Elsie, convaincu qu'il s'agit d'une supercherie, décide de ne plus prêter son appareil-photo jusqu'à ce que les deux filles avouent la vérité. Cependant, la mère d'Elsie reste persuadée que les photos sont authentiques...

1ère photo (juillet 1917) : Frances et les fées qui dansent sur un buisson

2ème photo (septembre 1917) : Elsie et le gnome

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Dans le folklore anglais et contrairement au folklore français, les fées sont perçues comme de petits êtres ailés comme ici dans ce tableau : Spirit of the Night (l'esprit de la nuit) de John Atkinson Grimshaw, 1879. 
Cottingley

Les photos sont expertisées

La mère d'Elsie, Polly Wright, s'intéresse aux sciences occultes et assiste à une conférence (sur le petit peuple) de la société théosophique (qui étudie, entre autres, les lois inexpliquées de la Nature) à Bradford durant l'été 1919. Elle présente les deux photos qui suscitent beaucoup d'intérêt et qui sont ensuite rendues publiques. Edward Gardner, un des membres les plus importants de cette société, est convaincu de l'authenticité de ces photos dans lesquelles il voit un nouveau cycle d'évolution dérivant des insectes ailés. Gardner envoie des copies des négatifs à Harold Snelling, un expert en photographie qui dit être spécialisé dans les « trucages parapsychiques ». Celui-ci examine longuement les clichés et affirme en juillet 1920 qu'ils sont authentiques et qu'ils ne comportent aucun trucage.
Harold Snelling n'est quand même pas allé jusqu'à dire que les photos montraient des fées. Il a seulement précisé que les photographies montraient avant tout ce qui était en face de l'appareil au moment où elles ont été prises... nuance !
Snelling a aussi retouché la 1ère photo qui était trop surexposée (trop de lumière) mais ce "détail" n'a été révélé que soixante-trois ans plus tard. La photo la plus célèbre est donc celle qui a été retouchée. Les tirages photographiques furent ensuite disponibles à la vente après les conférences que Gardner donnait à travers le Royaume-Uni... 

Un écrivain célèbre s'intéresse aux photos !

Un écrivain célèbre, et pas des moindres, puisqu'il s'agit de Sir Arthur Conan Doyle, le célèbre créateur de Sherlock Holmes. Il croit fermement à l'authenticité des photos et demande (avec Gardner) une contre-expertise à la société Kodak dont les techniciens affirment que les images « ne montrent aucun signe de trucage ». Cependant, ils concluent que « ces clichés ne peuvent être pris comme une preuve concluante… qu'ils sont d'authentiques photographies de fées » et Kodak refuse finalement de délivrer un certificat d'authenticité... Les clichés sont ensuite expertisés par une autre société photographique, Ilford, qui déclare avec assurance qu'ils sont « de toute évidence truqués ».
Sir Arthur Conan Doyle était féru de spiritisme et voyait dans ces photos la preuve de l'existence de l'au-delà. Il a écrit deux articles et un livre sur les fées de Cottingley mais ses ouvrages ont reçu un accueil plutôt froid de la part du public. On lui donna alors une réputation de « vieil homme crédule » mais il ne se découragea pas pour autant et défendit l'authenticité des photos jusqu'à sa mort en 1930. Étonnant de la part du créateur de Sherlock Holmes, le personnage le plus froidement logique de l'histoire de la littérature anglaise...

Année 1920, c'est reparti...

Gardner rencontre la famille Wright en 1920 et confie deux appareils-photo à Elsie et Frances pour qu'elles prennent d'autres photographies des fées. Les deux adolescentes acceptent la proposition mais elles insistent pour être seules, prétextant que les fées ne se montrent pas si d'autres personnes qu'elles les regardent. C'est ainsi qu'elles reviennent au mois d'août avec trois photos supplémentaires. 

3ème photo : Frances et la fée bondissante, août 1920

4ème photo : La Fée offrant un bouquet de campanules à Elsie, août 1920

5ème et dernière photo : Bain de soleil dans le nid aux Fées, août 1920

Les sceptiques sont beaucoup plus nombreux après ces trois photos. On dit que « les fées ressemblent étonnamment aux personnages traditionnels des contes de nourrice » et qu'elles arborent des « coiffures à la mode, à la parisienne ». Les experts photographiques affirment qu'ils pourraient faire la même chose en studio avec des découpages en carton. Une explication est même donnée pour la 1ère photo : Frances est debout derrière une table recouverte de verdure et de mousse, sur laquelle sont posées des fées en carton. La magie s'estompe...

Une dernière tentative...

Gardner effectue une dernière visite en août 1921 à Cottingley. Il apporte du matériel de qualité mais les deux filles refusent de se prêter au jeu, elles expliquent qu'elles n'ont plus le cœur assez pur pour que les fées les honorent de leur compagnie, à cause de leur puberté. L'affaire se tasse et les photos ne suscitent plus le même intérêt qu'auparavant...

Et après ?

1966 : Peter Chambers, journaliste au Daily Express, retrouve la trace d'Elsie. Celle-ci soutient, dans une interview , que les photos n'étaient pas truquées mais admet qu'elle ait pu réussir à photographier ses pensées, son imagination.
Années 70 : D'autres tentatives d'aveux sont relancées mais sans résultat, les deux femmes n'en démordent pas.
1983 : Enfin, des aveux soixante-six ans après la 1ère photo. Elsie Wright (83 ans) avoue que les photographies sont truquées mais elle affirme qu'elle et sa cousine ont réellement vu des fées.
Mais comment ont-elles fait ? Les deux cousines découpaient des personnages en carton avant d'éliminer un certain nombre de leurs accessoires ou d'en ajouter de nouveaux, puis elles les fixaient dans des herbes ou des branchages à l'aide d'épingles à chapeau et ensuite... photo !

Ce n'est pas fini !

À propos de la 5ème photo : Elsie a maintenu qu'il s'agissait d'un faux comme toutes les autres photos mais sa cousine Frances a insisté sur le fait que cette dernière photographie était authentique. Elle a déclaré dans une interview, dans les années 80 : C'était un samedi après-midi pluvieux, nous étions en train de nous amuser avec les appareils photographiques et Elsie n'avait rien prévu. J'ai vu ces fées dans les herbes, je les ai juste visées avec l'appareil et j'ai pris une photographie. Le problème, c'est que les deux filles ont affirmé qu'elles étaient chacune l'auteur de cette dernière photo : qui croire alors ?

En conclusion

En voulant créé un canular innocent, les deux jeunes filles ont provoqué un enchaînement de circonstances qui les a complètement dépassées. Il leur a ainsi été très difficile de revenir en arrière, d'où leurs aveux tardifs, 66 ans après la 1ère photo.

La fin d'un conte de fées : Elsie Wright présentant sa lettre d'aveux en 1983

Même si aujourd'hui ces photos paraissent désuètes et même si on voit bien qu'elles sont truquées, il faut reconnaître que les deux jeunes filles ont eu beaucoup d'imagination, à une époque où la photographie en était encore à ses débuts...
Une telle histoire avait de quoi inspirer le monde du cinéma. Deux films sont sortis la même année, en 1997 : Le Mystère des fées : Une histoire vraie (titre original : FairyTale : A True Story) et Forever (titre original en : Photographing Fairies).

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