L'affaire du pain maudit


Sommaire Insolite et réel

Un phénomène étrange

Commune de Pont-Saint-Esprit, France, été 1951. Nous sommes aux alentours du 15 août quand sans raison particulière, certains habitants de ce petit village du Gard sont victimes d'hallucinations. Croyant être poursuivis par des animaux féroces ou des boules de feu, certains courent dans les rues de la commune en hurlant alors que d'autres sautent par leurs fenêtres. Le bilan est lourd : 5 morts, 50 personnes sont internées dans des hôpitaux psychiatriques et 250 personnes sont atteintes de symptômes plus ou moins graves ou durables. Les enquêteurs pensent tout d'abord à une série d'intoxications alimentaires. Cependant, après une enquête judiciaire approfondie, rien ne permet de déceler la cause exacte de ce mal mystérieux...

Pont-Saint-Esprit, vue depuis le Rhône, aujourd'hui

Les hypothèses

L'hypothèse ergot de seigle
Les symptômes observés (vomissements, maux de têtes, douleurs gastriques, musculaires, et accès de folie) font penser à l'ergotisme : un empoisonnement dû à l'ingestion de l'ergot de seigle, un champignon parasite présent sur une céréale, le seigle. Le coupable est alors désigné rapidement : il s'agit du pain vendu par la boulangerie du village. Le 31 août, le minotier Maillet est arrêté, il est accusé d'avoir incorporé dans la farine du seigle avarié que lui aurait fourni un boulanger du nom de Guy Bruère. Maurice Maillet avoue et déclare : « Je n'ai pas osé livrer cette marchandise de mauvaise qualité dans ma commune, alors je l'ai expédiée à Pont-Saint-Esprit ». Le 1er septembre, le boulanger Bruère est arrêté à son tour. Les deux hommes passent deux mois en prison avant d'être innocentés et d'obtenir leur libération « provisoire » fin octobre 1951. Cette hypothèse d'empoisonnement est la plus vraisemblable (les traitements fongicides contre l'ergot du seigle n'étant pas très développés à l'époque) mais rien n'a jamais pu être prouvé...
Comment expliquer ces hallucinations et ces accès de folie ? L'ergot de seigle contient de l'acide lysergique, une substance qu'on utilise pour fabriquer du LSD (une drogue dangereuse et puissante). C'est un peu comme comme si ces pauvres gens avaient été drogués, sans le savoir.
L'hypothèse « Panogen »
On a aussi pensé à une intoxication par le panogen, un produit contenu dans un fongicide utilisé pour la conservation des grains ayant servi à faire la farine. La justice retient cette hypothèse mais cette piste a fini par être abandonnée suite à une thèse en pharmacie soutenue en 1965. Elle est également mise en doute par Steven Kaplan, historien américain et spécialiste du pain en France.
L'hypothèse « mycotoxines »
En 1982, le professeur Moreau, toxicologue spécialiste des moisissures, a émis l'hypothèse que l'intoxication de Pont-Saint-Esprit aurait pu provenir de mycotoxines, substances produites par des moisissures pouvant se développer dans les silos à grain. Les effets toxiques des mycotoxines sont aujourd'hui bien connus en médecine vétérinaire mais le problème est que ces  mycotoxines étaient quasiment inconnues en 1951.
L'hypothèse « agène »
Outre l'hypothèse des mycotoxines, Steven Kaplan retient celle d'un blanchiment artificiel du pain (pour lui donner une plus jolie couleur) à l'aide d'un composé chimique : l'agène, aussi dénommé (entre autres) trichlorure d'azote.
L'hypothèse LSD 25
Cette dernière hypothèse est la plus étonnante. Dans un livre publié en 2009, le journaliste américain indépendant Hank P. Albarelli Jr. avance que la CIA (services secrets américains) aurait testé le LSD (une drogue puissante) comme arme de guerre par pulvérisation aérienne sur la population de Pont-Saint-Esprit. Cette "expérimentation" aurait fait partie d'un programme de la CIA et de l'armée américaine qui consistait à faire des tests sur des cobayes humains, à leur insu...

Article de journal paru en 2010

En conclusion

Aujourd'hui, en 2015, l'affaire du pain maudit conserve tout son mystère même si l'hypothèse ergot de seigle semble la plus vraisemblable...
Autrefois, l'ergotisme (empoisonnement par l'ergot de seigle) n'était pas connu et identifié. On ne savait pas pourquoi des gens mouraient ainsi dans de terribles souffrances. On disait qu'ils étaient victimes du  "mal des ardents" ou du "feu de Saint Antoine". Plus tard, on a pu expliquer médicalement certains cas de sorcellerie ou de possession démoniaque par l'intoxication à l'ergot de seigle.

En vidéos

Retour sur l'affaire en 2010
Extrait du téléfilm "Le Pain du Diable" inspiré de l'affaire et sorti en 2010

        

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L'affaire du pain maudit


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